Des oeufs pas très frais, des croix bien réelles à la première manif’ LGBT en Russie
Avec un peu de recul, je crois que le plus dangereux n'a pas été de participer à ce rassemblement mais plutôt d'arriver jusqu'à St Pétersbourg! La neige, la glace, le trafic, les camions, tout cela sur une route défoncée et très étroite, aller et retour. Il nous fallu 12 heures pour faire les 650 km reliant Moscou à la ville du nord. Au final, malgré la fatigue on ne regrette pas. C'était important de marquer une unité et d'être réunis ensemble pour cette première manifestation autorisée par la ville. C'est effectivement une première. Evidemment, il y a eu des contre manifestants surtout issus de groupes religieux orthodoxes qui souhaitaient nous impressionner. Lancer des oeufs n'étaient pas suffisants pour eux, alors ils se sont mis à chanter des chants religieux. Business as usual comme disent les américains. D'autres se sont mis à proférer des insultes. Certains ont même chargé par derrière mais la police a réussi tant bien que mal à les arrêter. Cela dit, la police n'était pas préparée. Elle est beaucoup plus douée pour nous courir après et nous empêcher de manifester que de nous protéger. C'est un fait. Après 40 minutes et malgré les 2 heures qui nous avaient été allouées, la police nous a prié de partir en nous précisant que notre sécurité "ne pouvait plus être garantie". Qu'importe. La symbolique était là. Pour la première fois, nous avions le droit de manifester et nous n'avons pas été arrêtés pour cela. Au contraire, certains provocateurs qui ont essayé de nous arrêter ont été eux arrêtés. Ils n'étaient pas dans leur droit puisque les autorités avaient interdit un de leur rassemblement (contre le nôtre) qu'ils souhaitaient faire à 100 mètres de là.
Doit on pouvoir en conclure que les choses changent? Ne nous emballons pas. Si la situation évolue, les positions de chacun se radicalisent. Cette timide ouverture à laquelle nous avons eu droit - le rassemblement n'avait été autorisé que pour 10 personnes - ne doit pas faire oublier que depuis quelques semaines nos militants ont été la cible de plusieurs intimidations. A Moscou, deux de mes amis ont été convoqués par la police qui les suspecte d'activité "extrémiste" et à St Pétersbourg, un groupe religieux s'est attaqué à un organisateur de la gay pride locale. A Moscou, également, nos rassemblements sont toujours interdits. Les religieux et les hooligans ont obtenu le droit de "marcher" sur Moscou pour protester contre la décision de la Cour Européenne en notre faveur mais le même rassemblement à l'envers nous a été refusé. Hier, la juge s'est même moqué de moi en rendant la décision qui confirmait cette position.
Triste pays. Triste justice. Le chef de la Cour Constitutionnelle en est rendu a annoncer qu'il souhaite que son pays quitte le Conseil de l'Europe pour ne plus être soumis aux décisions de la Cour Européenne. Il y a un mois, il avait signé une tribune indigne de sa fonction ou il critiquait de manière très acerbe la décision de la CEDH en notre faveur. Ils sont mauvais perdants en plus.
Malgré tout... nous persévérons.
Si vous souhaitez voir mes photos de la manif' de samedi (photos 1, photos 2) et mes vidéos (vidéo 1, vidéo 2).
