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Une Stratégie 31 pour le respect de la liberté de rassemblement

3 septembre 2010
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Mardi, nous avons participé pour la première fois à la manifestation que des représentation de l’opposition et d’autres militants des droits de l’honne organisent sur une des places de Moscou depuis l’année passée tous les 31 de chaque mois. Pourquoi seulement les 31 ? Il s’agit de défendre la liberté de rassemblement qui est garantie par l’article 31 de la constitution russe. Les organisateurs ont d’ailleurs appelé cet événement « Stratégie 31″. Voici une vidéo que nous avons réalisé de notre participation. Elle peut vous donner une idée de ce qui se passe à chaque fois. Il y a eu entre 60 et 70 participants arrêtés par les forces de l’ordre. Aucun militant LGBT n’a été arrêté pour cette première fois. Nous étions une quinzaine. Nous redoutions quelques provocations suite à l’annonce de notre participation mais tout s’est bien passé. Les organisateurs ont vu que notre seul objectif était de nous associer à ce mouvement et d’y apporter notre soutien. Nous serons donc de retour le 31 Octobre prochain !

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La rentrée des militants russes

26 août 2010
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Encore en vacances mais déjà en train d’annoncer la rentrée :-) Il faut dire que ces deux dernières semaines ont été particulièrement agitées. Entre un ex-oligarque qui appelle à la haine à la radio et des négociations ici et là sur quelques dossiers stratégiques, je n’ai pas trop eu le temps de quitter ma connexion internet. Je n’ai pas encore eu le temps de vous écrire les carnets de vacances promis, mais vu que ces dernières ont été écourtées de moitié, celafera d’autant moins de lignes à noircir et à traduire :-)

Au menu de cette semaine agitée, deux grand dossiers pour nous en Russie. Le premier, c’est le résultat de ma première semaine de vacances « utile ». La Slavic Gay Pride qui était jusqu’à présent l’union des organisateurs des Prides Russes et Biélorusses (Moscou, St Pétersbourg et Minsk) s’étend à l’Ukraine et la Moldavie grâce aux organisateurs du festival de Nikolaev en Ukraine et de la Pride de Chisinau. La Slavic Pride, c’est désormais, l’union des communautés LGBT de 4 pays de l’est qui ont en commun non pas qu’un simple héritage historique et politique mais surtout… le fait d’être privés par leur gouvernement du droit élémentaire d’éxercer leur liberté de rassemblement. C’est il y a moins de deux ans que nous avons fondé la Slavic Pride à Minsk et je me réjouis de nous voir rejoint par d’autres avec le temps. L’année prochaine, la 3è édition se déroulera à St Pétersbourg le 25 Juin et c’est à ce moment que nous nous réunirons pour décider du lieu de la 4è édition en 2012 que j’espère être en Moldavie ou en Ukraine. A ce titre, ces deux derniers entrants ont également des actions en justice contre leur pays auprès de la CEDH au sujet de l’interdiction de leurs marches respectives.

Le deuxième gros dossier de la semaine a eu les honneurs d’une dépêche AFP en français :-) . Il s’agit de l’annonce de notre participation à la prochaine manifestation non autorisée pour la défense de l’article 31 de la constitution. Une action sans connotation politique qui est organisée par plusieurs défenseurs des droits de l’homme et membres de l’opposition pour la défense du droit de rassemblement tous les 31 de chaque mois. Il a fallut quelques semaines de négociations, il a également fallu laissé passer la Pride de Moscou car notre engagement en temps que groupe LGBT aurait pu être utilisé par les partisans du Kremlin pour discréditer les organisateurs historiques de cette action. Etant donné que nous allons bientôt obtenir une décision historique de la CEDH contre la Russie au sujet de l’interdiction de la Pride de Moscou, il est important pour nous de ne plus nous positionner uniquement comme défenseurs des droits des minorités sexuelles car après tout, le résultat de notre travail va servir à tous les défenseurs des droits de l’homme. Et celà, tout le monde doit le comprendre.  Nous nous battons pour tous et pas uniquementy pour nous même. La décision de la CEDH invitera probablement la Russie à revoir sa loi sur les rassemblements publics. Bref, je vous en dirais plus après le 31 Août et nous pourrons analyser le bien fait ou non de notre participation à ce moment là. A noter que les organisateurs de la Pride de St Pétersbourg participent également à cette action dans leur ville.

Les prochaines  semaines seront également l’occasion pour nous de finaliser de nouvelles plaintes à la CEDH où nous sommes déjà l’association LGBT la plus active du continent :-) J’y reviendrais le moment venu. Et puis, une nouvelle campagne est à venir d’ici l’automne.

Bonne rentrée à tous !

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« Tuez les gays et les lesbiennes » dit un ex-milliardaire russe sur une radio

16 août 2010

Les homophobes ne prennent pas de vacances, toujours prêts à la moindre opportunité d’exprimer leur haine à l’égard des minorités. Pas plus tard que ce week-end sur la Radio Echos de Moscou, une radio bien connue pour offrir un denier espace de liberté d’expression dans le pays (la station a été néanmoins rachetée par le conglomérat public Gazprom il y a quelques années pour « adoucir » son ton), s’est exprimé un homophobe notoire, avec des propos appelant à tuer les homos. Cet homophobe, c’est German Sterligov, un personnage qui a été dans les années 90, et à l’âge de 24 ans seulement, le premier russe le plus riche du pays en créant le premier marché des matières premières. Il s’expliquait au Daily Mail l’année passée sur son changement de vie et les raisons qui l’ont poussé à tout lâcher du jour au lendemain. Il a quitté ses résidences à New York, Moscou, Genève et son Château en Bourgogne, pour une tente où il est partit vivre comme il le dit lui-même, une vie de paysan « heureux » dans la province, sans électricité et en plein hiver russe. C’est ce qui l’a rapproché de la religion. Certes, il oublie de dire que sa décision coïncide avec son essai raté de ravir le Kremlin à Poutine en 2004. Une décision qui n’était donc pas forcément un choix et que certains auraient pu lui dicter en prenant comme exemple un autre oligarque bien connue qui croupi dans une prison de Sibérie et qui a été dépossédé de sa fortune par la justice.

Revenons, à l’émission de radio. Alors que la journaliste a décidé d’insister à la fin pour en savoir un peu plus sur les positions de Mr Sterligov au sujet des homos, ce dernier a dérapé dans sa réponse. Il faut préciser que son opposition aux homos ne date pas d’hier. « Je voudrais comprendre, German, que voulez-vous faire avec les athées et les homos? » lui demande la journaliste. Et Steligov de s’emballer « Comme l’a écris l’Apôtre Paul, que leur sang soit sur leur tête » Un autre invité insiste : « C’est ce qui est indiqué sur les homos? » « Oui, c’est ce qui est indiqué sur les homos » répond Sterligov. « Celà veut dire de les tuer? » insiste lourdement la journaliste. « Oui, bien sûr » il répond.

Avant, Mr Sterligov a eu l’occasion d’expliquer qu’il n’embaucherait jamais aucun gay ou aucune lesbienne. « Non, les homos ne travaillerons jamais pour moi sous aucune circonstance » Et en bon démocrate et amateur de l’état de droit, il indique même que « Et si une loi me demande d’embaucher des homos, je désobéirais immédiatement ». Le meilleur arrive… « Je crois en dieu et pour moi les lois divines sont au-dessus des lois humaines. Quand elles coïncident, je les respecte. Quand elles sont contraires aux lois de dieu, je crache dessus » Oui, c’est évident, quand il a fait fortune à l’époque ou la Russie était pire que la far-west, il a toujours respecté la morale divine.

Une telle déclaration haineuse faite sur un média tombe sous le coup de l’article 282 du code penal russe et c’est la raison pour laquelle GayRussia s’est associée aux groupes ‘Article 282′, ‘Marriage Equality Russia’, ‘Equality’ pour demander au procureur d’ouvrir une enquête pénale. Malheureusement, notre expérience a prouvé que le procureur refuse systématiquement d’ouvrir des poursuites contre des appels à la haine homophobes. Alors, que pourtant la loi est là. Même si elle ne mentionne pas expressement les homos, elle parle très clairement de groupe sociaux. Et la CEDH considère les LGBT comme un groupe social. La Russie….

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La Police russe change de nom… mais les matraques restent

12 août 2010
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On prend les mêmes et on recommence… C’est à peu de choses près ce qui arrive.

La Police russe est en pleine réforme. Vous ne voyez pas la connection avec Yagg et la commauté LGBT ? Ben, si, un peu quand même puisque ce sont eux qui nous arrêtes lors des manifs et des zap que l’on organise fréquemment. Ce sont aussi eux qui remettent des rapports falsifiés aux juges pour que ceux-ci disposent d’éléments matériels pour nous « condamner » mais avant tout, pour qu’ils puissent justifier de nous avoir eux-même arrêtés!

Je me souviens de la Pride de Moscou en Mai 2007 quand j’ai été arrêté sans raison par les forces de l’ordre devant de nombreux journalistes. La raison invoquée pour justifier mon arrestation ? Je marchais sur la chaussée et non pas sur le trottoir. Et oui, marcher sur la chaussée est une infraction en Russie ! Sauf que.. nous avons présenté lors de l’audience qui a suivit au tribunal des photos et des videos qui montraient que j’avais été arrêté bien que je marchais sur le trottoir et à aucun moment sur la chaussée- La juge a rejeté les preuves évidentes pour utiliser les témoignages des officiers présent ainsi que leur rapport écrit. Des mensonges que même un contre-témoignage d’un Membre du Parlement Européen présent dans l’audience n’a pu balayer.

Donc, Medvedev veut réformer les forces de l’ordre. Ouais…

Un peu d’histoire: La police a été créée en Russie en 1718 à St Pétersbourg par Pierre le Grand et c’est après la révolution d’octobre 1917 que le nouveau pouvoir l’a rebaptisé « milice » (militia en russe) afin qu’elle soit plus proche des gens (sic).

Ces dernières années la « milice » a été souvent montrée du doigt dans des cas de corruption. Il est connu qu’en Russie il est plus facile de payer la moitié d’une amende de circulation en cash plutôt que d’attendre qu’un protocole soit établit et de chercher une banque pour la payer officiellement (le système est différent et plus lourd que le système français).

Bref… Notre pouvoir dans une velléité de démocratie (re-sic) a invité tous les citoyens à se prononcer sur cette réforme via un site internet (on est moderne et d’ailleurs Medvedev ne se déplace plus sans son Ipad qui pourtant n’est pas encore en vente en Russie). En tant que sous-citoyens LGBT avec plus d’obligations que de droits (nous ne pouvons même pas manifester librement dans la rue), nous avons décidé d’entrer dans le débat et de demander à ce que l’orientation sexuelle et l’identité du genre soit ajoutée dans l’article concernant la non-discrimination.

Je ne sais pas si nous serons entendus mais au moins on essaye. Que faire d’autre ?

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Cet été, je vous propose mes carnets de voyage en ex-URSS

12 août 2010
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En ce qui me concerne les vacances débutent bientôt. Je vais en profiter pour partir à la découverte de l’ancien bloc de l’est, dans des endroits ou je n’étais pas encore allé. Vous allez voyager avec moi car je vais vous proposer quatre carnets de voyage au cours des deux prochaines semaines. J’espère avoir l’occasion de rencontrer des gens intéressants et si ce que je vois me plait, alors j’espère vous donner envie d’y venir aussi !

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Sondage catastrophique sur le front de l’homophobie en Russie

9 août 2010
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Catastrophique mais pas pire qu’avant. Les chiffres publiés cette semaine par le « Centre Levada » (un institut de sondage russe) montre sur plusieurs questions clés que l’attitude des russes vis à vis des homos ne s’améliore pas, voir régresse. Il faudrait aller à Téhéran ou Kampala pour trouver pire. Je vous livre quelques chiffres que je commente à la fin de ce post.

Tout d’abord, en introduction, 74% pensent que les homos ont des problèmes mentaux et 39% pensent même que nous devrions recevoir un traitement de force ou pire être isolé de la société. Seulement 25%  pensent que nous devrions vivre notre vie comme nous le souhaitons.

Sur la question de l’égalité des droits, la société est divisée et les résultats se contredisent avec les questions précédentes puisque 45% soutiennent l’égalité contre 41% qui souhaitent limiter nos droits. Notons que nos droits à l’heure actuelle sont de-facto limités puisque nous ne pouvons pas manifester, faire enregistrer nos associations, ou bien nous marier.

D’ailleurs, venons-en au mariage. 84% sont contre ! mais, il y a tout de même 14% qui le soutienne. Sur ce point, la société a une opinion très tranchée puisque seulement 2% sont indécis. On note aussi que le résultat est similaire à un sondage réalisé par le même institut il y a 5 ans et que nous avions financé à l’époque. C’était en Mai 2005.

Pour la Pride, c’est toujours pas d’actualité puisque 82% ne veulent pas nous autoriser à organiser de Marche des Fiertés ou un équivalent. A noter que c’est mieux que lorsque le Maire de Moscou dit publiquement que 99% des Moscovites sont opposés à cette idée. C’est faux puisque 8% soutiennent notre droit a manifester de manière pacifique dans la rue !

En résumé, on note que les classes de la population les plus tolérantes sont les jeunes (18-39 ans) et ceux que l’on appelle chez vous les CSP+. Ils nous reconnaissent plus facilement le « droit d’exister ».

Doit-on pour autant penser que rien n’a changé en 5 ans ? C’est délicat de dire cela car, d’un autre côté on doit aussi prendre ces résultats avec une certaine réserve. En effet, dans un pays ou l’homosexualité n’est pas acceptée et ou elle est très mal vue, on ne peut pas s’attendre à ce que les gens répondent de manière honnête aux questions qu’on leur pose dans la rue. On peut se demander si certains homos eux-même ne donneraient pas une réponse négative par honte ou par peur d’être identifiés par l’enquêteur. Il faut aussi ajouter que l’attitude de certains homos Russe qui persistent à dire qu’il n’y a pas de discrimination en Russie et que tout va bien puisqu’ils ne souhaitent ni se marier, ni descendre dans la rue, n’aide pas non plus. Comment convaincre la société de nous donner l’égalité des droits si parmi nous certains clament haut et fort, et jusque dans les média qu’ils n’en veulent pas ? Je e souviens de ces homos en Suisse qui ont voté contre le référendum sur le partenariat enregistré et qui le disait publiquement. Sympa pour les autres… Cela ajouté aux discours haineux des officiels russes et les positions homophobes de l’église orthodoxe n’incite pas les gens à nous accepter. Rappelons que le maire nous qualifie publiquement « d’armes de destructions massives », de « pédé », et qu’un gouverneur souhaitait nous « couper en morceaux et jeter nos restes au vent ». Dans ce contexte, je dirais que c’est un miracle que les résultats ne soient pas pires que cela. D’ailleurs, c’est aussi un joli pied de nez à ceux qui me disait en 2005 que l’initiative de la gay pride ne ferait qu’augmenter l’homophobie dans la société. Les chiffres ne sont pas pires qu’avant. Rappelons nous qu’à l’époque le parlement parlait de re-pénaliser l’homosexualité. Ce type de débat a disparu depuis. D’ailleurs les hommes politiques donnerait plutôt le message « on vous permet d’avoir vos boites et d’exister alors ne chercher pas à défiler ou à vous marier ».

Quelle conclusion en tirer ?

Malgré les réserves que l’on peut apporter aux chiffres, la société russe n’accepte pas ses homos. C’est clair et on le sait. Pas besoin de sondage pour cela. La route est longue. Mais ce n’est pas nouveau, on le savait dés le départ quand on s’est engagé dans cette voie. Elle est d’autant plus longue qu’il faut commencer tôt. Je n’ai jamais douté que nous n’obtiendrions rien en Russie en discutant avec le gouvernement et que la seule manière d’obtenir quelque chose sera de l’imposer par la voie judiciaire. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais hésité à attaquer la Russie auprès de la Cour Européenne des droits de l’homme. A ce jour, nous y avons 9 cas ouverts auxquels 3 autres devraient s’ajouter d’ici la rentrée. C’est le record d’Europe pour une association LGBT. A force de se faire condamner par la justice de Strasbourg, on peut espérer que les choses avancent… avec le temps. Il n’y a d’ailleurs pas d’autre solution. Un changement de gouvernement n’aiderait pas plus. Regardez l’Ukraine. La coalition orange qui avait suscité beaucoup d’espoir n’a rien fait avancer sur les droits LGBT. Pire, elle a laissé l’église orthodoxe construire une rhétorique homophobe ces dernières années.

Ces mauvais résultats sont finalement motivant à aller encore plus loin et à ne pas relâcher nos efforts. C’est comme ça que nous devons interpréter ces chiffres.

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L’arc-en-ciel contre l’ours russe

9 août 2010
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Voici un article de Marc-André Sabourin publié dans l’édition de Juillet du mensuel canadien francophone « La Liberté ».  Marc-André m’avait contacté en Janvier dernier en préparation d’un voyage en Russie car il souhaitait écrire un article sur nos campagnes. Il se trouve que le jour de notre rendez-vous a été celui ou nous avons annoncé dans les media russes, la gay pride de St Petersbourg. Pendant les 3 heures qu’il a passé avec nous, notre rencontre a été interrompue par des appels de journalistes. Le même jour, l’Ombudsman de St Petersbourg avait apporté son soutien à la gay pride (puis démenti quelques semaines plus tard). Il y avait donc beaucoup d’agitation. Il était en quelque sorte, au coeur de l’action.

L’arc-en-ciel contre l’ours russe, par Marc-André Sabourin

Nikolai Alekseev aime la Russie, mais la Russie ne l’aime pas. Parce qu’Alekseev aime les hommes. Amours incompatibles sur le territoire de l’ours. L’avocat de 32 ans ne s’en laisse toutefois pas imposer. Il a créé en 2005 le site Web gayrussia.ru, principale source d’information en russe (et en anglais) sur les droits des homosexuels, qu’il n’hésite pas à défendre devant les tribunaux. Et depuis 2006, il organise chaque année le défilé de la fierté gaie de Moscou.

Le 1er août, le militant participera à la parade de la fierté gaie de Vancouver, où il a été invité à titre de «héros international». Pour une rare fois, il n’aura pas à se méfier des policiers. Lors du défilé moscovite du 29 mai dernier, la trentaine de manifestants a joué une partie de cache-cache risquée avec les forces de l’ordre pour parader dans la capitale russe avec un immense drapeau arc-en-ciel, le symbole de la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre. La Ville, comme à chaque année, avait interdit la tenue du défilé.

L’événement, même s’il n’a duré que dix minutes, constitue un véritable succès pour son organisateur. Personne n’a été arrêté, une première. L’année précédente, 32 militants, dont Alekseev, avaient été incarcérés pendant 24 heures puis accusés d’avoir mené une action illégale.

Difficile d’imaginer Nikolai Alekseev en prison. Ses cheveux châtains, ses yeux bleus et son visage rond lui donnent un air de chérubin. Mais l’illusion ne dure pas. Dès qu’il parle de sa lutte pour les droits des minorités sexuelles, son regard se durcit et son ton est sans réplique.

Dans un restaurant de sushis du centre-ville de Moscou, il raconte le bras de fer qui l’oppose à Iouri Loujkov, le puissant maire de la capitale. Depuis le premier défilé de la fierté gaie, en 2006, l’élu multiplie les attaques verbales contre les homosexuels. «Tapettes», «armes de destruction massive», «immoraux», «contre nature», «sataniques»… Tout est bon pour qualifier ceux qui, à ses yeux, portent la responsabilité de l’épidémie du sida.

En quatre ans, Moscou a interdit les 170 manifestations publiques auxquelles Nikolai Alekseev et ses militants étaient liés de près ou de loin. «Rien n’a jamais été autorisé. Rien!» Pas même la marche pour la prévention des hémorroïdes qu’ils ont tenté d’organiser, à la blague, l’an dernier. «Nous voulions simplement sensibiliser la population russe à cette maladie, comme d’autres le font pour le cancer du sein», ironise-t-il. La cause attend aujourd’hui d’être entendue par la Cour européenne des droits de l’homme, dont la Russie est membre. «Ça, ça va être drôle!»

Les tribunaux constituent l’arme essentielle d’Alekseev. Dès qu’une action publique est interdite, il utilise tous les recours légaux pour contester la décision de la Ville. La justice ne vaut cependant pas grand-chose dans un pays qui se classe 146e au monde selon l’indice de la perception de la corruption publié annuellement par Transparency International. «Nous avons perdu beaucoup, beaucoup de causes, se désole Alekseev. Je ne sais pas combien. J’ai arrêté de compter.»

Sa malchance juridique tournera peut-être cette année. La Cour européenne des droits de l’homme devrait se prononcer d’ici la fin de l’année sur l’interdiction des défilés de la fierté gaie par Moscou — le premier d’une dizaine de causes qu’Alekseev a déposées devant cette institution. «Je suis convaincu que nous allons gagner.» Les astres semblent bien alignés: en 2007, les juges du tribunal européen ont penché en faveur des homosexuels dans un cas semblable à Varsovie, en Pologne.

Une victoire du mouvement gai moscovite porterait une gifle à Iouri Loujkov, qui n’a jamais perdu un procès. Reste à voir si la Russie se plierait rapidement à un jugement défavorable. Nikolai Alekseev n’est pas dupe. «Ça prendra probablement quelques années. Mais avec le temps et la pression internationale, elle finira par l’accepter. La Russie ne voudra pas être le dernier pays qui réprime l’homosexualité.»

En octobre dernier, un couple de lesbiennes russes s’est marié à Toronto — le Canada est un des deux pays qui permettent aux homosexuels étrangers de s’unir — à l’occasion d’une campagne pour la légalisation du mariage entre conjoints de même sexe en Russie à laquelle a collaboré Alekseev. Des images de la cérémonie ont été diffusées aux heures de grande écoute par les chaînes de télévision russes, pourtant proches du pouvoir. Une chose impensable il y a quelques années.

«Avant, les médias russes riaient des homosexuels. Maintenant, ils en débattent. Si on ne provoque pas la société, on n’obtiendra rien», dit Alekseev, que le magazine français pour gais et lesbiennes Têtu a qualifié «d’activiste le plus acharné d’Europe».

Mais en Russie, un homosexuel qui s’entête, c’est un homosexuel qui met sa sécurité en péril. En 2006, la douzaine de personnes qui ont osé participer avec Nikolai Alekseev au premier défilé de la fierté gaie à Moscou l’ont fait sous les projectiles et les slogans haineux — «Mort aux sodomites!» — lancés par des extrémistes, tant nationalistes que religieux. Certains manifestants ont été blessés, la plupart ont été arrêtés.

Alekseev mène son combat depuis 2001, lorsque l’Université d’État de Moscou l’a expulsé, après avoir refusé son sujet de thèse sur les droits des minorités sexuelles dans le monde. A-t-il gâché, ou gâche-t-il, les plus belles années de sa vie? «Mes amis me le disent souvent.» Parfois, il leur donne raison et envisage de s’installer pour de bon à Genève, où vit son copain. Puis il se ressaisit. «C’est trop facile d’aller quelque part où la bataille a déjà été menée. Je dois rester ici. La Russie est mon pays. L’arc-en-ciel est mon drapeau.»

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Une « Pride House » pour les Jeux Olympiques de 2014 a Sochi en Russie

6 août 2010

Lors de mon voyage à Vancouver, j’avais prévu une rencontre avec l’équipe qui a organisé pour la première fois dans l’histoire des Jeux, une Pride House a Whistler, en Février dernier. Cette initiative que l’on doit a Dean Nelson et Ken Coolen qui sont aussi les organisateurs de la Winter Gay Pride de Vancouver a été un succès reconnu par tous. La communauté LGBT de Londres a d’ailleurs décidé de reprendre l’idée pour les J-O d’été de Londres en Aôut 2012,  les prochains après Vancouver. A un détail près. Si l’initiative de Vancouver était informelle, à Londres, il est prévu d’obtenir l’adoubement du CIO. Et bien, vu que les J-O suivants sont ceux de Sochi en Février 2014, nous avons décidé de reprendre le flambeau ! Il serait dommage de casser cette tradition et c’est pour celà que mon assoce GayRussia et ses militants ont décidé de travailler sur ce projet. Nous avons d’ailleurs envoyé ce jour une lettre d’intention au CIO à Lausanne ainsi qu’au Comité Olympique russe.

N’ayez craintes ! Si le CIO valide ce concept à Londres et si le CIO nous donne son adoubement pour Sochi, alors la Pride House fera partie du programme officiel que cela plaise ou non aux organisateurs officiels russes. Mais d’ici 3 ans et demi, je pense que beaucoup de choses auront changé et je ne doute pas que nous aurons déjà pu organiser quelques manifestations LGBT autorisées en Russie.

Dans notre Pride House, nous souhaitons proposer une exposition sur l’histoire de l’homosexualité en Russie, montrer des films, organiser des séminaires sur les droits LGBT et pouvoir distribuer du matériel sur l’homophobie dans le sport. C’est tout de même incroyable que tous les deux ans, le J-O accueillent autant d’athlètes et que les homos doivent pour la plupart (il y a de rares exceptions) rester dans l’ombre pour que leur coming-out ne nuise pas à leur carrière. Il faut changer cela. Je ne dis pas que l’on va tout révolutionner avec le concept de la Pride House, mais je pense que l’on peut avoir un impact positif. Bref… beaucoup de travail en perspective mais le projet est passionnant. Et puis, si nous voulons conserver ce titre d’activistes les plus acharnés du continent, alors on doit se renouveler !

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Venez me rejoindre sur Facebook

5 août 2010
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Le titre dit tout :)  Je me fais un plaisir par avance de recevoir vos nouvelles requêtes !

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Vancouver Pride : un moment fort en émotion !

3 août 2010

Nikolai Alekseev ouvrant la gay pride 2010 de Vancouver

Extraordinaire. Formidable. Grandiose. Cette parade de Vancouver restera à ce jour comme celle qui m’a donné le plus de sensation. L’acceuil des Canadiens a été particulièrement chaleureux. Solidarité, amitié, sont les premiers mots qui me viennent en écrivant ces quelques lignes alors que j’attends mon vol de retour à l’aéroport. C’était la première fois que je participais à une Pride en Amérique du nord et je dois reconnaître que la-bas, ils savent faire la fête. Evidemment la situation au Canada est différente puisque là bas, ils ont déjà l’accès au marriage donc leurs revendications ne sont pas les mêmes que dans d’autres pays. Le concept des Marshals qui ouvrent la parade (car effectivement il est plus juste de parler de « parade » pour qualifier la gay pride ou marche des fiertés de Vancouver) contraste avec les banderoles tenues de manière collective  dans les premiers rangs des marches de Paris ou de Londres. Finalement, après avoir visité des Prides sur presque tous les continents, je m’aperçois de leur grande diversité. Du quasi carnaval à Sao Paulo, aux jets d’oeufs à Varsovie, de la marche de Jerusalem à la police qui courre après les participants à Minsk ou encore de la grande fête sur la plage de Colombo aux chars de Paris, nous avons tous su adapter à notre manière le message de Stonewall… même si finalement nous restons tous habité par un seul et même message, l’égalité des droits pour tous.

Galerie photos sur GayRussia.Ru

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